Origine géographique des bières : enfin une loi !

La bière est à la mode. Très bien. Les brasseries poussent comme des champignons. Parfait. Et les consommateurs se bousculent pour découvrir de nouvelles saveurs. Encore mieux. Maintenant, il est temps que la filière poursuive sa structuration.

Premier chantier, il est abyssal: les familles de bières, ou appellations. Aujourd’hui, seul le produit en lui-même fait l’objet d’un cadre, datant d’un décret de 1992 : « la bière est la boisson obtenue par fermentation alcoolique d’un moût préparé à partir du malt de céréales, de matières premières issues de céréales, de sucres alimentaires et de houblon, de substances conférant de l’amertume provenant du houblon, d’eau potable. » Ajoutez à cela un semblant de reconnaissance des Trappistes et Bières de garde, et c’est à peu près tout. Une IPA avec une IBU à 10 ? Pas de problème. Une bière d’abbaye qui n’aurait jamais vu un moine de sa vie ? Aucun souci. Un stout qui serait vaguement ambré, tout au plus ? Pourquoi pas. Bien sûr, le consommateur pourrait « sanctionner » les brasseurs indélicats coupables de ce type d’approximation. Mais la loi, non.

C’est bien la grande nouveauté qu’apporte l’amendement sur la transparence de l’origine des bières, adopté le 4 décembre dernier à l’Assemblée nationale (à retrouver ici). Celui-ci impose aux brasseurs que le nom et l’adresse du producteur soient désormais « indiqués en évidence sur l’étiquetage ». Autre précision, le nom commercial utilisé par le produit ne pourra être différent du lieu de production. En d’autres termes, une hypothétique Bière de Paris ne pourrait être produite ailleurs que dans la capitale, de même qu’une Bière de Lyon ne pourrait être faite à Lille.

Si une grande partie de la profession a salué cette décision, le grand gagnant dans cette affaire est surtout… le consommateur ! Surtout lorsque l’on sait que 79% des Français se déclarent attentifs à l’origine géographique des produits qu’ils consomment*. Une première victoire, donc, pour des bières davantage « de terroir », comme beaucoup l’ont annoncé à la suite du vote de cet amendement.

De terroir, vraiment ? Pas si sûr, puisqu’aujourd’hui, rien n’empêche une bière produite à Lille d’utiliser du malt allemand et du houblon tchèque. La notion de terroir convoque des notions plus complexes qu’une simple adresse postale de brasserie : la spécificité locale des matières premières, notamment.

Bref, si une première pierre – louable – a été posée, la route est encore longue pour aboutir à une véritable nomenclature claire et précise des styles et appellations dans la bière. Rappelons enfin que pour boire une bière dont on est sûr de la provenance, le top ne reste-t-il pas… un bon vieux brewpub ou la taproom d’une brasserie ?

*Source : Etude Ipsos pour l’Observatoire E. Leclerc des nouvelles consommations. 2017.

30 décembre 2019

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