Bière de printemps, un mystère venu du Nord…

 

Dans la bière, il est un sujet qui ne met personne d’accord : les styles. La bière de printemps ne fait pas exception à la règle. Bien malin qui saurait proposer une définition exhaustive, exacte – et consensuelle ! – de ce style né à Arras en 1394. Du coup, on s’y est essayé !

Bière de printemps ou bière de mars ?

Non contents de présenter des contours souvent flous, les styles de bières, comme s’ils refusaient de se laisser approcher trop facilement, portent souvent des noms différents pour un seul et même produit. C’est le cas avec la bière de printemps, longtemps appelée bière de mars. En matière de fabrication, un élément semble faire consensus : les bières de printemps, et de mars, sont des bières brassées pendant l’hiver, et proposées à la consommation au début du printemps, dans le courant du mois de mars. C’est une des raisons pour lesquelles, longtemps, les « bières de mars » ont été baptisées ainsi. Mais pas seulement ! Si elles étaient commercialisées en mars, c’est aussi parce que jusqu’au XIXe siècle, en France, on ne pouvait produire une bière que jusqu’à la date précise du 29 mars. Pourquoi ? Car pour des raisons d’hygiène, le législateur interdisait le brassage durant les mois chauds, afin d’assurer une température idéale de fermentation et de garde. Pour autant, c’est aujourd’hui le terme « bière de printemps » qui est le plus couramment utilisé. Les 3 Brasseurs, par exemple, furent parmi les derniers à utiliser l’appellation « bière de mars » jusque 2013. Pourquoi ce changement ? La réponse est en partie marketing. L’appellation bière de mars pouvant laisser entendre qu’on ne pouvait la vendre que durant le mois en question, les brasseurs ont opté depuis une vingtaine d’années pour le vocable « bière de printemps », moins réducteur. Sans compter que les connotations liées au mot « printemps » – retour des beaux jours, saison des amours… – sont nettement plus sexy que celles liées au terme mars, qui rappelle la grisaille et les derniers froids de l’hiver.

Une bière de printemps : un style né à Arras en 1394

Autre certitude concernant ces bières, leur origine : de l’avis général des historiens de la bière, on retrouve les premières traces de bière de printemps dans des archives de la ville d’Arras en 1394. On raconte que, selon la tradition, à l’arrivée de la bière de mars dans les tavernes, les tenanciers accrochaient à leur porte une couronne de genévrier et un écriteau « la bière de mars est de retour ». Mais derrière cette seconde (et dernière !) certitude, une foule d’autres questions se posent : par exemple, la bière de printemps est-elle un ancêtre, une parente voire un clone de la bière de saison originaire de Wallonie et du Nord de la France ? Il est certain qu’en termes de fabrication, de nombreux points semblent similaires : un brassage en hiver pour une commercialisation aux beaux jours, notamment à destination des travailleurs saisonniers. Logiquement, ces bières de saison étaient donc souvent produites dans des fermes-brasseries, et s’inscrivaient donc dans la tradition des bières fermières. Ainsi peut-on aussi les rapprocher des « farmhouse ale » américaines d’aujourd’hui…

Le salut par le goût ?

On le constate, rien n’est simple dans cette histoire. Peut-être la solution peut-elle passer par le goût ? Aujourd’hui, ce qui caractérise une bière de printemps est sa couleur, généralement blonde, ainsi que ses notes légèrement maltées, fruitées et florales, avec une amertume moyenne. En matière d’alcool, il s’agit de produits au taux modéré, autour de 6% environ. Autant d’éléments qui, honnêtement, ne diffèrent guère de ce que sont les « saisons » voire les farmhouse ales américaines, quoique ces dernières se révèlent en générale plus sèches et houblonnées. Bref, quelques certitudes, et surtout pas mal de questions, auxquelles l’avenir et les recherches en biérologie permettront peut-être d’apporter des questions…

 

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